Alliaria petiolata

L’alliaire officinale est une herbacée crucifère (ou brassicacée) commune dans une grande partie de l’Europe (et un peu en Afrique du Nord et en Asie Mineure) qui fréquente les boisements sur les lisières, dans les clairières et souvent le long des cours d’eau. En France, elle est présente partout mais devient nettement plus rare à absente dans le Midi. Cette espèce fait partie des communautés forestières typiques de sols frais enrichis en matières nutritives et en situation de demi-ombre. On la reconnaît, outre ses fleurs blanches à quatre pétales, à ses feuilles qui répandent une odeur d’ail au froissement ce qui lui vaut le surnom anglais de Mustard Garlic (ail moutarde ; moutarde car les graines ont servi autrefois de substitut à la moutarde noire).

Introduite et naturalisée aux U.S.A., l’alliaire est devenue outre-Atlantique une plante invasive redoutable classée comme une des plus problématiques en milieu forestier tout au moins. Déjà présente dans au moins 36 états, elle est classée comme nocive et à éradiquer dans 4 d’entre eux.

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L’alliaire affectionne les boisements frais le long des cours d’eau. ©zoom-nature. GG

Une vieille histoire

Les premiers colons européens ont apporté avec eux l’alliaire, réputée à la fois comme plante médicinale (vulnéraire, diurétique, vermifuge, antiscorbutique…) et condimentaire (les feuilles fraîches dans les salades pour leur fin goût d’ail). Dès 1868, on l’observe près de New-York, déjà naturalisée en milieu forestier. Au début du XXème siècle, son expansion reste modeste, avec une progression moyenne évaluée à 366km2/an. Dans les années 1930, l’expansion s’accélère passant au rythme de presque 2000km2/an ; enfin, à partir des années 1990, tout s’emballe avec une progression de 6400km2/an.

Elle a d’ores et déjà conquis une grande partie du Nord-Est et du Centre-Ouest des U.S.A. et du Canada. Elle colonise à peu près les mêmes milieux que dans son aire d’origine : sous-bois ombragés des forêts riveraines des cours d’eau, bords des routes, lisières des bois, clairières et le long des chemins forestiers. L’alliaire y forme de vastes peuplements très étendus au caractère nettement invasif.

Sa capacité à vivre en milieu semi-ombragé facilite largement son expansion car elle n’a pas besoin (contrairement à la majorité des plantes invasives herbacées) de perturbations du milieu induisant des trouées pour s’installer ou se maintenir.

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En France, l’alliaire peut aussi former des peuplements étendus à la faveur de clairières mais elle n’est pas envahissante. ©zoom-nature. GG

Des projections par modélisation intégrant ses exigences écologiques montrent que l’alliaire risque d’envahir encore de vastes zones dont la côte Pacifique même si les sous-bois très denses pourraient freiner son expansion ; là-bas, elle est déjà présente depuis 1948 mais y reste pour l’instant très discrète, sans doute encore dans cette phase de latence qui caractérise les plantes invasives dans un premier temps.

Une histoire sans doute multiple

Une analyse génétique a comparé 27 populations d’Europe et 26 populations installées aux U.S.A. globalement, on observe une diversité génétique un peu plus faible aux U.S.A. avec un fort taux d’autopollinisation ; mais ce dernier caractère se retrouve en Europe puisque l’alliaire pratique beaucoup l’autopollinisation dans les fleurs en bouton. Cette diversité relative semble donc indiquer l’existence de plusieurs introductions indépendantes et non pas d’une seule. La comparaison avec les populations européennes suggère des origines quelque par en Grande-Bretagne ou Europe du nord ou centrale.

Ces origines multiples expliquent en partie la capacité d’expansion de l’alliaire, la diversité génétique favorisant les capacités d’adaptation aux conditions locales nouvelles.

Un véritable impact sur la biodiversité

Souvent, on a tendance à affirmer qu’une plante introduite en expansion entraîne forcément des effets négatifs sur la biodiversité mais sans vraiment le démontrer ; l’alliaire a fait, elle, l’objet de nombreuses études et son impact sur le milieu forestier semble important.

Dans les forêts du Massachussetts, on a démontré une corrélation négative entre l’abondance de l’alliaire en sous-bois et la diversité des vivaces herbacées ; si on détruit complètement les peuplements d’allaire, dès l’année suivante, la diversité originelle repart à la hausse. Dans une forêt alluviale du Maryland, un an après l’éradication totale de l’alliaire, on a observé une augmentation des pourcentages d’annuelles grimpantes et de plantules d’arbres.

L’impact varie en fait selon les espèces : ainsi, dans une forêt envahie par l’alliaire, la biomasse de plantules de chêne-châtaignier (Quercus prinus) diminue de 35% alors que celle des plantules d’érable négondo (Acer negundo) (espèce indigène aux U.S.A. … mais invasive en Europe !) augmente de 37%. La colonisation par l’alliaire va donc modifier l’évolution des peuplements à moyen terme en favorisant certaines espèces aux détriments d’autres.

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Aux U.S.A., l’alliaire concurrence l’érable négondo, espèce indigène qui est devenue invasive au bord de nos rivières comme ici, au bord de l’Allier ! ©zoom-nature. GG

L’alliaire semble aussi modifier la composition du sol en accélérant la décomposition de la litière de tiges et feuilles mortes ; l’azote organique se minéralise plus rapidement ce qui tend à enrichir le sol en nitrates. Globalement, sa présence augmente la disponibilité en nutriments du sol forestier ce qui doit modifier l’évolution habituelle du peuplement.

BIBLIOGRAPHIE

Ready or Not, Garlic Mustard Is Moving In: Alliaria petiolata as a Member of Eastern North American Forests. V. L. RODGERS, K. A. STINSON, AND A. C. FINZI. BioScience ; May 2008 / Vol. 58 No. 5

Present and potential distribution of invasive garlic mustard (Alliaria petiolata) in North America. E. WELK, K. SCHUBERT1 and M. H. HOFFMANN. Diversity and Distributions (2002) 8, 219–233

Molecular evidence for multiple introductions of garlic mustard (Alliaria petiolata, Brassicaceae) to North America. W. DURKA, O. BOSSDORF, D. PRATI and H. AUGE. Molecular Ecology (2005) 14, 1697–1706Alliaria petiolata

A retrouver dans nos ouvrages

Retrouvez l'alliaire officinale
Page(s) : 238-239 Guide des Fleurs des Fôrets
Retrouvez l'alliaire officinale
Page(s) : 94 Le guide de la nature en ville